La maladie de Gilbert, aussi appelée syndrome de Gilbert, est une affection hépatique héréditaire. Elle peut être transmise lorsqu’un ou les deux parents portent le gène responsable d’une hyperbilirubinémie, c’est-à-dire d’un taux légèrement élevé de bilirubine dans le sang.

La bilirubine est un pigment biliaire jaune. Quand son élimination par le foie est moins efficace, elle peut s’accumuler de façon modérée et provoquer une jaunisse légère, surtout au niveau des yeux. Malgré cet aspect parfois impressionnant, la maladie de Gilbert est considérée comme totalement bénigne. Elle n’endommage pas le foie, ne réduit pas l’espérance de vie et ne nécessite généralement aucun traitement médical.

Le diagnostic repose surtout sur une analyse sanguine avec dosage de la bilirubine, complétée par un bilan hépatique afin d’écarter d’autres causes possibles.

Symptômes du syndrome de Gilbert

La maladie de Gilbert est souvent asymptomatique. Beaucoup de personnes vivent avec cette anomalie sans le savoir. Quand des signes apparaissent, ils prennent le plus souvent la forme d’épisodes courts de jaunisse. D’autres symptômes, moins spécifiques, peuvent aussi être rapportés.

La jaunisse légère ou ictère

Le signe le plus typique est une jaunisse modérée, appelée ictère dans le langage médical. Elle se manifeste par une coloration jaunâtre de la peau, des muqueuses ou du blanc des yeux. Chez certains patients, le changement est discret et touche surtout les yeux, notamment les faces internes des paupières ou la conjonctive.

Cette jaunisse apparaît par poussées. Elle peut survenir soudainement, puis disparaître après une courte période. Elle est généralement sans prurit, c’est-à-dire sans démangeaisons. Le foie et la rate gardent habituellement un volume normal.

Lorsque le taux de bilirubine augmente davantage dans le sang, la teinte jaune peut aussi se voir au niveau de la peau, par exemple sur la paume des mains ou les pieds. Une coloration jaunâtre peut également apparaître sur la muqueuse à l’intérieur de la bouche.

Teinte jaune visible au niveau des yeux et de la peau lors d’un épisode de jaunisse

Autres symptômes possibles

En dehors de la jaunisse, certaines personnes décrivent des symptômes de courte durée. Ils ne sont pas toujours spécifiques au syndrome de Gilbert, mais ils peuvent accompagner les épisodes d’hyperbilirubinémie.

  • fatigue plus ou moins intense ;
  • douleurs abdominales légères ;
  • état de déshydratation ;
  • manque de sommeil ;
  • maux de tête ;
  • manque d’appétit ;
  • nausées ;
  • flatulences ;
  • constipation ;
  • éructations ;
  • vomissements ;
  • dépression ;
  • difficultés de concentration ;
  • picotements dans les mains et au niveau du cœur ;
  • syndrome du côlon irritable.

Facteurs qui déclenchent ou accentuent les symptômes

Chez les personnes concernées, certains facteurs peuvent provoquer une poussée de jaunisse ou accentuer les symptômes. Ils favorisent une légère hausse du taux de bilirubine dans le sang.

  • jeûne prolongé ;
  • déshydratation ;
  • manque de sommeil ;
  • surmenage ;
  • effort physique intense ;
  • consommation d’excitants comme le café ou le thé ;
  • alimentation trop épicée ;
  • alimentation trop grasse ;
  • augmentation du stress ;
  • période des menstrues chez les femmes ;
  • pathologies infectieuses comme l’hépatite virale, la grippe ou les infections respiratoires virales ;
  • interventions chirurgicales ;
  • consommation d’alcool ;
  • prise de certains médicaments, notamment les glucocorticoïdes, les stéroïdes anabolisants et les salicylates de sodium ;
  • excès alimentaires.

Quand un facteur déclenchant est identifié, l’éviter aide à réduire le risque d’augmentation de la bilirubine et donc l’apparition d’un épisode de jaunisse.

Tableau pratique : facteurs déclenchants et réflexes utiles

Facteur cité Effet possible Réflexe à privilégier
Jeûne prolongé ou repas sautés Hausse possible de la bilirubine Manger régulièrement et éviter les régimes très pauvres en calories
Déshydratation Risque de poussée de jaunisse Boire de l’eau de façon régulière
Manque de sommeil ou surmenage Accentuation des symptômes Préserver le repos quand les signes apparaissent
Stress Déclenchement ou aggravation possible Mettre en place des mesures de gestion du stress
Alcool, alimentation trop grasse ou trop épicée Symptômes plus marqués chez certains patients Privilégier une alimentation équilibrée
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Causes de la maladie de Gilbert

La maladie de Gilbert est liée à une élimination moins efficace de la bilirubine par le foie. Une quantité excessive de ce pigment biliaire peut colorer la peau et les yeux en jaune, ce qui explique la jaunisse caractéristique du syndrome.

Le rôle de la bilirubine

La bilirubine se forme lors de la dégradation de l’hémoglobine, le pigment rouge des globules rouges qui transporte l’oxygène dans le sang. Elle est normalement présente en petite quantité dans la circulation sanguine.

Une fois produite, la bilirubine est transportée par le sang vers le foie. Elle y subit plusieurs transformations chimiques, puis elle est excrétée dans la bile. Elle est ensuite dégradée dans l’intestin avant d’être éliminée dans les selles ou les urines. Une petite quantité reste toutefois dans le sang.

Quand l’excrétion de la bilirubine dans la bile ne fonctionne pas correctement, son élimination devient insuffisante. La bilirubine libre, dite non conjuguée, peut alors s’accumuler dans la circulation sanguine et donner une teinte jaunâtre à la peau ou au blanc des yeux. Cette élévation peut s’accompagner de symptômes inconfortables, comme des douleurs abdominales, des maux de tête fréquents, une fatigue chronique ou des vertiges.

Pourquoi la bilirubine s’accumule

Chez les personnes atteintes par la maladie de Gilbert, le foie traite la bilirubine de manière moins régulière. Le processus d’élimination ralentit, ce qui crée un déséquilibre entre la production et l’excrétion de ce pigment.

Cette situation est due à une réduction de l’activité d’une enzyme impliquée dans le métabolisme de la bilirubine au niveau du foie : la glucuronyltransférase. Cette enzyme permet la conjugaison de la bilirubine, étape nécessaire à son excrétion dans la bile. Une anomalie constitutive diminue son activité. Le syndrome de Gilbert correspond donc à une déficience héréditaire d’une enzyme, responsable d’une légère élévation et parfois d’une fluctuation de la bilirubine.

Le taux de bilirubine peut ainsi rester dans les limites de la normale à certains moments, puis passer au-dessus de la normale à d’autres périodes. Dans le syndrome de Gilbert, ces taux n’atteignent généralement pas des niveaux dangereux, même si la jaunisse peut inquiéter la personne concernée.

Tasse de thé, un excitant cité parmi les facteurs pouvant accentuer les symptômes du syndrome de Gilbert

Diagnostic de la maladie de Gilbert

Le médecin peut orienter le diagnostic à partir de l’histoire du patient, de l’examen physique et des examens biologiques. L’objectif est double : confirmer l’élévation de la bilirubine et écarter les autres maladies pouvant expliquer une jaunisse.

Cette démarche diagnostique est propre au syndrome de Gilbert, mais elle rappelle l’importance d’un raisonnement médical structuré. Sur d’autres pathologies, vous pouvez aussi consulter nos dossiers consacrés à la maladie de Horton ou à la maladie de Basedow.

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Anamnèse

L’anamnèse correspond à l’interrogatoire médical. Le médecin pose des questions sur l’histoire de la maladie, les antécédents familiaux et médicaux, le mode de vie, les épisodes de jaunisse, leur mode d’apparition et les facteurs déclenchants possibles.

Cette étape permet d’identifier les symptômes et d’orienter les examens nécessaires.

Examen physique

L’examen physique recherche des signes visibles de jaunisse. Le médecin observe l’aspect général, la peau, les muqueuses et les yeux. Il peut aussi repérer un état de déshydratation.

Observation du blanc des yeux pendant l’examen clinique d’une jaunisse

Tests de laboratoire

L’examen physique doit être complété par des tests sanguins. Le dosage de la bilirubine permet d’évaluer sa concentration dans le sang. Le fonctionnement du foie est aussi vérifié par un bilan hépatique, afin de rechercher une maladie du foie, une inflammation, des lésions ou un dysfonctionnement.

Chez les personnes atteintes du syndrome de Gilbert, la fonction hépatique est habituellement normale. Seul le taux de bilirubine est élevé. Comme ce taux fluctue, plusieurs prises de sang peuvent être nécessaires.

Une numération de la formule sanguine, ou NFS, peut être réalisée en complément pour écarter d’autres causes d’hyperbilirubinémie. En présence d’une maladie de Gilbert, les examens biologiques sont normaux en dehors de l’hyperbilirubinémie. Si les tests hépatiques sont anormaux, les résultats doivent faire rechercher une autre pathologie, comme une insuffisance hépatique.

Les autres causes à écarter comprennent notamment :

  • le syndrome de Crigler-Najaf ;
  • l’hyperbilirubinémie d’origine médicamenteuse ;
  • la rhabdomyolyse.

Confirmation du diagnostic

La maladie de Gilbert est généralement présente dès la naissance, mais elle passe souvent inaperçue jusqu’à la puberté. À cette période, les modifications du taux d’hormones sexuelles peuvent entraîner une augmentation du taux de bilirubine dans le sang.

Elle est souvent découverte par hasard lors d’une prise de sang montrant une bilirubine élevée, ou devant un ictère sans cause évidente. Le diagnostic est retenu lorsque les analyses montrent une bilirubine non conjuguée légèrement élevée, sans autre cause apparente, avec un bilan hépatique normal.

Les tests génétiques peuvent confirmer le diagnostic clinique en détectant le gène responsable du syndrome de Gilbert.

Traitements de la maladie de Gilbert

La maladie de Gilbert dure toute la vie, mais elle n’écourte pas l’espérance de vie. Elle évolue favorablement, sans endommager le foie et sans augmenter le risque de pathologie hépatique. Les complications liées à cette affection sont rares et les problèmes de santé associés le sont également.

Dans la plupart des cas, aucun traitement spécifique n’est nécessaire. Une surveillance à long terme n’est pas requise et il n’existe pas de traitement destiné à guérir cette anomalie héréditaire.

Les épisodes de jaunisse et les autres symptômes finissent généralement par disparaître. Si les manifestations sont gênantes ou si le taux de bilirubine est particulièrement élevé, un médecin peut toutefois prescrire un médicament.

Le phénobarbital peut être utilisé pour réduire le taux de bilirubine et atténuer la jaunisse. Il agit comme inducteur enzymatique en favorisant la synthèse et l’activité de l’enzyme glucuronosyl-transférase, ce qui contribue à réduire la bilirubine dans le sang.

D’autres médicaments peuvent être recommandés pour soulager certains symptômes, par exemple des antiémétiques contre les vomissements et les nausées. Toute prise de médicament doit être discutée avec un professionnel de santé, surtout en cas de syndrome de Gilbert connu.

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Vivre avec la maladie de Gilbert

Le syndrome de Gilbert est une affection bénigne avec laquelle on peut vivre normalement. Les symptômes, quand ils surviennent, sont de courte durée. Le plus utile consiste à repérer les situations qui déclenchent les poussées et à limiter leur impact.

Boire régulièrement de l’eau

Une consommation régulière d’eau aide à éviter la déshydratation, l’un des facteurs déclencheurs des épisodes de jaunisse. Elle permet aussi de mieux gérer un symptôme parfois associé à la maladie : l’état de déshydratation.

Verre d’eau pour prévenir la déshydratation en cas de syndrome de Gilbert

Mieux gérer le stress

Le stress peut favoriser ou accentuer les symptômes chez certaines personnes. Des mesures adaptées peuvent aider à éviter le stress ou à le gérer de façon plus stable au quotidien.

Éviter certains médicaments sans avis médical

Certains médicaments peuvent inhiber l’enzyme glucuronosyl-transférase et précipiter l’apparition d’épisodes de jaunisse. Les personnes atteintes par la maladie de Gilbert doivent donc éviter l’automédication.

Les médicaments cités comme pouvant poser problème comprennent :

  • le gemfibrozil, un hypocholestérolémiant utilisé pour réduire la concentration de cholestérol dans le sang ;
  • la codéine, utilisée contre la douleur ;
  • l’irinotécan, un anticancéreux utilisé contre les cancers colorectaux et d’autres cancers.

Avant de commencer un traitement, mieux vaut signaler le diagnostic de syndrome de Gilbert au médecin ou au pharmacien.

Quelle alimentation privilégier ?

L’alimentation doit rester équilibrée, avec une place importante pour les fruits et les légumes. Les régimes extrêmement pauvres en calories et les jeûnes sont à éviter, car ils peuvent favoriser les poussées.

Les aliments très sucrés ou trop gras ne sont pas recommandés. Manger régulièrement, sans sauter de repas, aide à garder les niveaux de bilirubine plus stables. Une alimentation saine et régulière reste donc le meilleur repère au quotidien.

Pour poursuivre votre lecture sur d’autres maladies hématologiques ou métaboliques, vous pouvez consulter notre dossier sur la maladie de Fabry.

FAQ sur la maladie de Gilbert

La maladie de Gilbert est-elle grave ?

Non. La maladie de Gilbert est décrite comme une pathologie bénigne. Elle n’endommage pas le foie, n’écourte pas l’espérance de vie et ne nécessite généralement aucun traitement.

Quel est le symptôme le plus fréquent ?

Le symptôme le plus caractéristique est une jaunisse légère, avec une teinte jaune au niveau du blanc des yeux, des muqueuses ou parfois de la peau.

Comment confirme-t-on le diagnostic ?

Le diagnostic repose surtout sur une prise de sang montrant une bilirubine non conjuguée légèrement élevée, avec un bilan hépatique normal. Des tests génétiques peuvent aussi confirmer le diagnostic clinique.

Faut-il prendre un traitement ?

Dans la plupart des cas, aucun traitement n’est nécessaire. Si la jaunisse est gênante ou si la bilirubine est particulièrement élevée, un médecin peut prescrire un médicament comme le phénobarbital.

Quels facteurs peuvent déclencher une crise ?

Le jeûne prolongé, la déshydratation, le manque de sommeil, le surmenage, le stress, l’alcool, certains médicaments, les infections ou une alimentation trop grasse peuvent favoriser les épisodes de jaunisse.